J’étais quasiment soulagé à la lecture de la fin du 6e tome (dont vous pouvez lire la chronique ici), tant le suspense devenait insoutenable d’ennui à force de flash-back sur les différents protagonistes. Et pourtant, c’était sans compter le vide scénaristique que cela allait créer pour le tome final. A trop vouloir ménager la surprise de la révélation, Stephen Desberg a fait en sorte qu’on ne puisse pas la deviner. Et effectivement, c’est bien le cas vu que la personne qui se cache derrière All Watcher – inconnu au bataillon - tombe comme un cheveu sur la soupe. Et en ce qui concerne son histoire, elle n’apporte pas vraiment grand-chose au personnage, ni même à l’intrigue. Il s’agit d’un self-made truand qui gravit les échelons des organisations criminelles à la Scarface. Et c’est là qu’on se rend compte que le concept de trou noir financier tombe complètement à plat. Oui, il est immensément riche (mais comment ?), oui il se sert de sa fortune pour déclencher un cataclysme à l’échelle planétaire, mais le concept même du trou noir financier n’est absolument pas exploité et le pitch qui m’a fait découvrir cette série – la perspective d’un bon polar fiscal comme Desberg est capable de produire avec la série mainstream I.R.$. – ne tient absolument pas ses promesses.

Bon, tout cela aurait pu se transformer en thriller classique et divertissant, mais le scénario est décidément trop tiré par les cheveux. Un peu comme un mauvais James Bond en fait. Regardons l’analogie avec « Goldfinger » : La contamination radioactive de Fort Knox pour faire monter mécaniquement le cours d’or et enrichir du coup le méchant du même nom. Remplacez la bombe par une vague, l’or par des terrains immobiliers et vous y êtes. Pire encore, prenons « A View to a Kill », avec Christopher Walken et Grace Jones : On retrouve le raz-de-marée qui dévaste la Silicon Valley. La balle dans la tête qui tue progressivement All Watcher se retrouve dans « The World is not Enough » avec Renard qui ne ressent pas la douleur. Sur le thème de la crédibilité, je ne parlerai même pas du Yacht qui slalome les rues de Los Angeles, ni même de certains personnages comme Mia Maï qui malgré un effort manifeste de Desberg pour leur donner un peu de profondeur par rapport à la série principale, apparaissent comme peu crédibles voire mièvres. Pour exemple, je prendrai la dernière scène qui décroche la palme du ridicule et de l’invraisemblable.

Concernant les points positifs, et si, il y en a, on retrouve le dessin principalement, executé par Marc Bourgne, également auteur de la série Voyageur – Présent. Plus rond et mieux maîtrisé que ceux de Koller ou Mutti, il relève clairement le niveau de cette série, malgré la disparité des styles entre les différents tomes.

Au final, c’est un spin-off bien laborieux, Stephen Desberg nous avait clairement habitué a mieux, mais bon saluons quand même l’effort que représente l’écriture, la coordination et l’exécution de 7 bandes dessinées dans un laps de temps assez court. A défaut de la qualité qui n’est pas toujours au rendez-vous, il reste le succès : ce tome caracole dans le top 3 des ventes des libraires. Tant qu’il y aura de la demande, il aurait tort de se priver, et si en plus ça peut lui permettre de produire des œuvres de meilleure qualité comme le Scorpion ou encore Sherman.

Auteurs : Stephen Desberg (Scénario), Marc Bourgne (Dessin)
Parution : 17 juin 2011
Editeur : Le Lombard
Collection : Troisième Vague
ISBN : 9782803628223