La perspective de lire un nouveau Bilal est un évènement suffisamment rare et notable pour qu’il déclenche chez moi une certaine impatience. A la vue du titre, cependant, j’ai été pris d’une forte appréhension. Voyez-vous, s’il est des mariages contre nature, celui entre Bilal et Shakespeare, me semblait en être le parfait exemple, à la limite du cas d’école. J’en ai donc remis à plus tard la lecture, c’est-à-dire jusqu'à que je ne puisse plus reculer. 

C’est donc à reculons que j’ai découvert ce bel ouvrage, et là catastrophe ! Non content de faire revivre à nos protagonistes la fameuse tragédie shakespearienne (tout espoir n’était alors pas perdu, il est des transpositions modernes de cette histoire d’amour plutôt réussie, comme celle de Baz Luhrmann par exemple), il la commente en directe, au travers de l’aumonier, qui est le seul à établir le parallèle entre l’œuvre du dramaturge, et le drame qui est en train de se dérouler sous ses yeux. L’ensemble apparait au final très prétentieux mais également très mièvre, en décalage avec l’univers ravagé introduit dans Animal’Z. 

A noter l’une des bonnes surprises de cette mise en abyme, c’est de voir Lawrence mettre en œuvre le stratagème que l’on connait, et bien que celui-ci perde tout son sens ici, son mérite est de faire planer le doute sur l’issue de cette histoire dont tout le monde connait la fin.

Franchement déçu par ce dernier Bilal, vous l’aurez compris, le lot de consolation pour le fan de la première heure que je suis reste bien évidemment le dessin et l’ambiance unique qui se dégage de son coup de crayon gras sur papier ocre. Une exécution majestueuse pour une piètre histoire, c’est un gâchis fort esthétique, qui j’espère sera oublié dès la sortie du tome 3, qui après l’élément de l’eau pour AnimalZ, de la terre pour Julia & Roem, devrait traiter de l’air ou du feu.

Auteur : Enki Bilal
Parution : 4 mai 2011
Editeur : Casterman
ISBN : 9782203033085