Difficile de résumer cet épilogue tant la trame de l’ensemble est complexe et tant ce tome dépend des 9 autres – j’ai d’ailleurs dû relire l’ensemble de la série afin de pouvoir pleinement apprécier cette conclusion. Et pourtant, l’ensemble se tient, on sent le caractère méticuleux de Corbeyran qui a dû passer des heures derrière des trames temporelles et autres schémas imbriqués pour comprendre les interactions entre les 3 mondes – New Byzance, New Harlem et New York, et surtout pour rester cohérents entre les différents scénarios. Et à ce titre, il mérite d’être salué car à ce niveau, la cohérence tient de l’exploit.

Sur le fond même de l’histoire, je trouve qu’il égare un peu le lecteur entre les personnages fixes, ceux qui voyagent entre les mondes mais qui ont le même nom, les différentes époques : à croire qu’il cherche la complexité comme unique finalité. C’est un joli numéro d’équilibriste, qui finit par introduire une certaine lourdeur dans le propos. Pris dans son ensemble, on pourrait se passer complètement de New Byzance par exemple et ne garder que New Harlem et New York, ça aurait peut être facilité un peu la lecture.

Une conséquence est qu’il place la barre très haut pour la conclusion, un peu trop peut être et cela aura tendance à laisser le lecteur sur sa faim. La chute qui est sensée être une surprise majeure, conclusion paroxysmique d’une série de ce calibre, m’est au final apparue comme assez convenue, ce qui est un comble pour ce niveau d’originalité auquel Corbeyran nous avait habitué.

Rien à dire sur le dessin sinon : Autant j’ai peu apprécié le dessin de Tibery sur New Harlem, autant il n’y a rien à dire sur Eric Chabbert, qui avait déjà réalisé New Byzance et qui nous livre ici une exécution sans faille.

Au final, Uchronie[s] est une belle série concept, dans l’ensemble bien dessinée, et qui représente un pari audacieux comme seul Eric Corbeyran pouvait les relever. Si vous avez le temps de vous plonger dans la lecture de 10 tomes sans trop d’interruptions, et si vous êtes fan de ce genre dickien revenu au gout du jour qu’est l’uchronie, je vous la recommande, elle en est une incarnation pratiquement incontournable.

Auteurs : Eric Corbeyran (Scénario), Eric Chabbert (Dessin)
Parution : 23 février 2011
Editeur : Glénat
Collection : Grafica
ISBN : 9782723465083