Polina n’est pas sans rappeler Le Goût du Chlore, par certains aspects. On y retrouve cette prétendue simplicité dans le dessin et les traits des personnages, mais qui trahissent cependant une grande maîtrise du trait et de l’expression des émotions. Il est difficile de croire de l’auteur ne connaissait rien à la danse tant on est emporté par le tourbillon de grâce des petits rats puis des danseurs et danseuses adolescentes, puis les adultes qui s’écartent prograssivement de la voie académique pour prendre leur indépendance.

L’histoire quant à elle reste sobre, mais prenante. On découvre dès les premières pages le génie de Polina, mais Vivès réussit parfaitement à maintenir le lecteur en haleine, est-ce qu’elle va réussir à exprimer ce génie pour qu’il soit reconnu, ou va-t-elle chuter face aux différents obstacles qui se dressent devant elle. Car on nous le fait bien comprendre dès le début, le talent n’est rien sans travail, mais la réussite implique souvent une part de chance. Et c’est donc cette incertitude qui rend l’histoire si captivante, bien qu’elle reste cantonnée dans un environnement relativement linéaire, et d’une certaine façon prévisible.

Bastien Vivès confirme sans aucun doute ici son immense talent d’analyste et de rapporteur d’émotions et nous livre une œuvre sensible, fraiche et lucide, mais incroyablement dense tant chaque personnage, chaque expression et chaque acte est mesuré, pesé et taillé au cordeau.

Mise à jour (20 mai) : Polina vient de se voir attribuer le prix des libraires 2011. C’est largement mérité, félicitations à Bastien Vivès!

Auteur : Bastien Vivès.
Parution : 9 mars 2011
Editeur : Casterman
Collection :KSTR
ISBN : 9782203026131