Résultat franchement singulier pour une œuvre de science-fiction, traditionnellement un genre artistique de « niche » avec une base de fans plutôt restreinte (dont je fais partie néanmoins – on ne pourra pas dire que je suis biaisé). En outre, l’intrigue est plutôt traditionnelle à première vue et ne semble pas avoir été épargnée par les stéréotypes du genre: Des colons isolés sur une planète, une faune et une flore insolite voire hostile, des évènements inexpliqués. Sur le papier, on pourrait croire à n’importe quelle série Z, mais a y regarder de plus près, on peut trouver un début d’explication à ce succès.

C’est tout d’abord une aventure palpitante, avec une grande profondeur de champ. Même si elle se déroule sur plusieurs années, l’action est palpitante et véritablement prenante (essayer de vous en détacher après une dizaine de pages et vous verrez…), les rebondissements sont nombreux et bien dosés, tout en restant crédibles. Le dessin un peu simpliste en lignes claires renforce d’ailleurs cette crédibilité.

Les personnages sont en outre très attachants. Un peu des Monsieur-tout-le-monde, les protagonistes sont des gamins au début – avec tout ce qu’il y a d’énervant dans leur comportement – qui vont progressivement gagner en maturité, en suivant un schéma qui n’est pas sans rappeler un rituel de passage à l’âge adulte. Leur banalité en outre leur confère un certain capital sympathie qui permet au lecteur de s’y identifier plus facilement.

L’histoire intègre également une certaine fraicheur voire une légère naïveté, au sens où l’on sent les héros mus par des valeurs nobles, les méchants sont presque stéréotypés, un peu comme si l’auteur s’était livré à un exercice de style digne des grandes épopées d’aventure à la Jules Verne, pleines de bons sentiments.

Un élément capital, cher à Leo que l’on va également découvrir dans Aldebaran et que l’on va retrouver dans l’ensemble de son œuvre, c’est l’étude de la flore et surtout de la faune. Omniprésente mais surtout centrale (avec la Mantrisse) dans son œuvre, elle distille un parfum de contrées lointaines et de découverte qui ne peut pas laisser le lecteur indifférent. Et il développe un catalogue animal avec une telle richesse et une telle ingéniosité, qu’il a du être zoologiste dans une autre vie.

Tous ces éléments peuvent apporter un début d’explication, mais je pense que la somme de toutes ces caractéristiques est supérieure à ceux-ci pris séparément, avec pour résultat, le cycle d’Aldebaran, une œuvre majeure qui réinvente le genre et qui est à l’origine d’une mythologie et d’un univers d’une grande richesse, complété par les cycles Betelgeuse et Antarès et plus récemment par les Survivants, dont le premier album Anomalies Quantiques, est sorti en janvier dernier.