Manu Larcenet change ici de registre avec un roman graphique noir et laid. (Par opposition au retour à la terre plus léger ou encore le combat ordinaire, plus sérieux mais avec des notes d’espoir). Ici, rien. Pas d’espoir, pas d’humour, pas de couleurs. La quête initiatique apparait comme une descente aux enfers accentuée par le fait que l’histoire est un flash back vu du commissariat où il est en garde à vue suite au crime qu’il a commis.

Clairement, ce livre est un monument. On aime ou on n’aime pas, mais on ne reste pas indifférent face à ce personnage hors du commun à tout point de vue. Le blast est décrit comme l’onde de choc d’une explosion, le moment où vous êtes exposé à l’onde de surpression d’un côté tout en restant à la pression atmosphérique de l’autre. Lire ce livre, c’est se retrouver juste après le blast, quand vous vous en êtes pris plein la gueule. Il vaut mieux ne pas être dépressif car après 200 pages de cet acabit, vous aurez clairement envie de vous suicider. C’est comme ces livres qui vous laissent un gout bizarre dans la bouche et un profond sentiment de mal-être (le dernier en date qui m’a fait cet effet là est la course du rat de Lauzier). 

Même si on a envie d’en dévoiler plus, difficile compte tenu de l’absence d’histoire. Il s’agit la de 200 pages d’élucubrations d’un marginal, ce qui est en soit assez impressionnant. Ce qui m’a carrément bluffé par contre, c’est que Larcenet construit les personnages incroyablement bien et rend les personnalités crédibles. Entre les 2 policiers, Bojan, ou même Polza le héros (peut-on parler ici de héros ?), rien est laissé au hasard et la construction des dialogues fait clairement l’objet d’un travail de recherche sur les protagonistes assez impressionnant. 

Au final, sachez qu’avec Blast, il faut bien réfléchir avant de vous engager car vous en prenez pour 1000 pages. Avec les 5 tomes de 200 pages prévus, cette série va sans aucun doute nourrir vos angoisses et cauchemars pour un certain temps. L’avantage, c’est que vous aurez le temps de récupérer entre chaque tome compte tenu de la complexité du dessin et du temps que Larcenet doit passer sur chaque planche.