Trois Christs, c’est trois histoires parallèles évoquant respectivement trois hypothèses expliquant l’apparition du Saint-Suaire : 1. Dieu existe 2. Dieu n’existe pas 3. Dieu est radioactif. Présenté sous forme d’une histoire complète en trois chapitres, cet ouvrage est un véritable défi non sans rappeler le mouvement OuBaPo fondé en 92 par des auteurs comme Killofer ou Lewis Trondheim au travers de l’Association. En effet, chaque histoire réutilise les dialogues et les cases des 2 autres pour former un ensemble cohérent, prouvant ainsi que l’histoire peut être présentée de plusieurs façons différentes selon la manière dont elle est racontée. Plus de 700 références croisées offrent ainsi au lecteur aventureux un deuxième niveau de lecture, tout en déconstruisant cet imbroglio scénaristique, piloté de main de maître par l’historienne Valérie Mangin (Le Fléau des Dieux).

Au dessin, nous retrouvons Denis Bajram, 4 ans après son Patriarche. Il y avait placé la barre très haute, mais je dois dire que son dessin volontairement imprécis en couleur directe de Trois Christs est absolument magnifique. Son immense talent et sa maîtrise de la palette graphique nous éclate en pleine figure de façon complètement indécente ! Le plus impressionnant reste pour moi le jeu des lumières subtilement mis en exergue par les multiples représentations des différentes cases de ce cauchemar storyboardesque. On retrouve bien là l’expression des méandres de l’imaginaire (avec son implacable logique) de l’auteur d’Universal War One – Souvenez vous de sa trame temporelle et sa gestion des paradoxes temporels ! Le tout est complété par une intro et une conclusion de Fabrice Neaud, qui boucle la boucle et tranche avec son dessin en noir et blanc, offrant un regard se voulant impartial sur l’histoire du Saint-Suaire – avant et après. Pour les insatiables curieux, le site http://www.troischrists.com offre la base de données interactive des références des dialogues et des cases.

Trois Christs est une étude intéressante et originale sur un sujet controversé, la découverte et l’authenticité du Suaire de Turin. Présenté comme une réponse à l’engouement pour l’histoire religieuse depuis le Da Vinci Code, il critique assez ouvertement les partis pris sensationnels des ouvrages ésotériques révélant des vérités soit disant spectaculaires en démontrant qu’il est possible de faire dire à peu près tout et n’importe quoi (cf le chapitre Dieu est Radioactif) selon le point de vue duquel on se place. Un petit bémol cependant, l’exercice de style que représente cet ouvrage apparait plus comme une finalité que comme un moyen – les auteurs se sont visiblement fait plaisir – ce qui nuit parfois à la clarté du message : les histoires sont un peu confuses et je reste un peu sur ma faim.